La vîna

La Sarasvati vina est un instrument à cordes pincées de l'Inde du Sud et appartient à la famille des luths. La vina est essentiellement jouée dans la musique traditionnelle classique de l'Inde du Sud. Ce style musical est appelé Musique Karnatique ou Karnataka Sangîtha.

Avril 2012 : les exemples audio ne fonctionnent pas pour le moment - réparations en cours !

La vina en Inde
La Sarasvati vina
Cordes et accord

Tenue et jeu de la vina
Quelques autres considérations sur la vina et sa musique




ci-dessus : ma vīa


Vainika : musicienne ou musicien jouant la vina.

LA VINA EN INDE

Le mot vina désignait dans l'Inde ancienne des familles d'instruments. Plus tard le mot vina a été utilisé pour désigner des instruments à cordes pincées avec ou sans frettes de la famille des luths. En Inde du Nord on les nomme Bin. La Rudra BIn ou Rudra Vina est la vina avec frettes de l'Inde du Nord employée dans le style Dhrupad de la musique Hindustani, la musique classique de l'Inde du Nord. La musique Hindustani utilise aussi une vina sans frettes appelée Vichittra Vina.

Dans la musique classique de L'Inde du Sud, la vina avec frettes est appelée Sarasvati Vina. Sarasvati est la déesse et patronne des arts, lettres et sciences. Dans sa version sans frettes, la vina du Sud est appelée Gottuvadyam ou Chittra Vina. Les cordes de la Sarasvati Vina sont pincées par les doigts de la main droite avec ou sans plectres. La main gauche est utilisée pour presser les cordes contre les frettes afin d'obtenir différentes hauteurs de notes, effets et ornements. La vina sans frettes utilise la main droite de la même façon que la vina avec frettes mais dans ce cas, la main gauche utilise une pièce cylindrique en bois dur ou en Téflon qu'on glisse sur les cordes pour obtenir les diverses hauteurs de notes ainsi que des effets et ornements divers.

La Sarasvati Vina telle que nous la connaissons aujourd'hui est d'origine très ancienne. Sa forme actuelle date environ du milieu du XVII siècle. Cet instrument a participé pour une grande part au développement de la musique Karnatique. De nos jours cette vina est surtout un instrument de soliste. Elle a été par le passé l'instrument d'accompagnement de la voix mais a été progressivement remplacée par le violon qui a été adopté et adapté avec succès par les musiciens de l'Inde du Sud.

La Sarasvati Vina dans sa forme actuelle, date environ de la même période que le sitar du Nord de l'Inde, le XVII siècle. On attribue l'invention de la Sarasvati Vina, ou du moins sa version actuelle, au Raja (roi) Raghunatha de Tanjore assisté de son premier ministre et musicien Govinda Dikshitar. Le fils de Govinda Dikshitar, Venkatamakhi, est l'auteur du traité Cathurdandi Prakasika où il expose pour la première fois le système des soixante-douze modes fondamentaux ou Melakarta-s de la musique karnatique. Il est évident que la Sarasvati Vina a grandement contribué à la formulation de ce système grâce à ses douze frettes par octave, permettant de produire avec précision tous les demi-tons et modes sans avoir à changer l'accord de l'instrument.

De nos jours ainsi que dans le passé, de grands vainika-s ont illustré l'art de la vina et ont porté son jeu à un remarquable degré de perfection. Le jeu de la vina est très proche de la technique vocale laquelle reste le modèle idéal. On distingue cependant deux styles de jeux : un style plus instrumental et un style plus proche du chant. Le style proche du chant est nommé Gayaki tandis que le style plus instrumental est souvent défini comme Vainika. Cependant, les deux styles ne sont pas franchement démarqués car les grands vainika-s jouent dans un style personnel qui est une synthèse de diverses influences. La composante principale de ces influences reste bien sûr la marque reçue de leur maître et de la famille musicale dans laquelle ils ont grandi.

Au XX siècle le monde a connu de grands changements et bouleversements auxquels l'Inde n'a bien sûr pas échappé. Une fois l'Inde indépendante et démocratique, sa vie sociale et politique ont profondément modifié l'organisation de la vie musicale. Alors qu'au paravent les maîtres de musique étaient patronnés par les rois (Raja) et ne formaient qu'un nombres restreint de disciples, l'Inde moderne a vu la création de nombreuses écoles de musique privées ou publiques. Dans ces écoles les élèves sont bien plus nombreux et l'enseignement musical s'y déroule souvent en groupe. Il existe aussi l'enseignement privé qui permet aux maîtres de musique d'assurer leur vie matérielle et la transmission de leur art.

L'Inde a aussi eu à faire face à son développement économique et à sa modernisation progressive. Les conditions économiques n'ont pas été immédiatement favorable et la fabrication des nombreux instruments nécessaires est loin d'atteindre la qualité des instruments qui ont été produits lors de la période précédente. La situation s'améliore cependant car l'Inde a connu au courant des dernières décennies un grand développement économique. Mais un des facteurs clef pour la musique est son rayonnement international actuel et le fait que les musiciens indiens se produisent dans toutes les grandes villes du monde moderne. Grâce à ce rayonnement international de nombreux étudiants à travers le monde étudient aujourd'hui les styles musicaux de l'Inde, les danses classiques de l'Inde,etc. Tous ces facteurs créent un champs favorable aux échanges et aux améliorations et progrès dans la facture instrumentale et les technologies concernées.

Haut de page


LA SARASVATI VINA


La Sarasvati Vina ou plus simplement la vina, est un instrument du groupe des cordophones et de la famille des luths. La vina mesure environ entre 1,35 m à 1,40 m, ce qui est assez grand. Elle est fabriquée en bois de Jacquier qui est un arbre des régions tropicales. Ce bois est très clair et de couleur tirant vers le jaune quand il est jeune. Lorsque la vina vieillit et à condition de ne pas avoir été vernie, elle voit son bois foncer progressivement et acquérir une très belle couleur brun foncée et une belle patine. On pourra alors penser à la vernir ce qui achèvera de lui donner son aspect définitif et protégera le bois de ses diverses parties.

La vina comporte une caisse de résonance de forme demi-sphérique fermée sur le haut par la table d'harmonie. Le manche assez long, est en forme de U creux et fermé sur le dessus par une plaque de bois. Au bout du manche est ajustée la tête de la vina qui prolonge le manche et s'incurve vers le bas pour se terminer par une tête d'animal mythique, le Yali, lequel est sculpté dans un bois souvent différent. Cette partie est également creusée afin de recevoir les chevilles auxquelles sont fixées les cordes. Ces chevilles permettront l'accord de l'instrument.



La Sarasvathi vina


à gauche : caisse de résonance - au centre : résonateur secondaire, chevilles et tête - à droite : Yali

Sur le dessus du manche sont ajustées deux rails de cire renforcée par de la colophane et de la poudre de charbon de bois. Ces deux rails de cire servent à recevoir les frettes en alliage de bronze au nombre de 24. Ces frettes sont fixées à chaud dans la cire. Par la suite, on pourra aisément retoucher leur positionnement et ajuster si besoin est, l'accord de l'instrument. Pour cela il sera nécessaire de chauffer les rails de cire afin de rendre celle-ci suffisamment malléable.

Sous le haut du manche, vers la tête, est fixé un second résonateur en forme de calebasse (forme proche d'une poire). Ce résonateur supplémentaire est souvent constitué d'une calebasse à la forme régulière et d'une taille appropriée, mais il peut également être en bois, en métal, en papier mâché ou en matière composite moderne. Ce résonateur est parfois richement décoré avec des motifs traditionnels. Les fonctions de ce résonateur supplémentaire sont multiples : il rend la forme générale de la vina plus équilibrée et harmonieuse, il permet la bonne tenue de jeu de la vina, il contribue à amplifier le son de l'instrument, il permet de poser l'instrument au sol de façon stable, et enfin d'après la mythologie, il serait à l'image de la déesse Parvati; la caisse de résonance et le second résonateur seraient à l'image des seins de la déesse, le manche et ses frettes à l'image de ses bras et bracelets. Le dieu Siva en contemplant sa compagne endormie, aurait eu l'idée de la vina !

Sur la caisse de résonance principale est posé le chevalet en bois. Ce chevalet est large et plat et reçoit sur le dessus une plaque en alliage de bronze sur laquelle passent les cordes. Les chevalet plats sont une caractéristique importante de la lutherie indienne. A l'opposé de la tête de la vina, au bord de la caisse de résonance, est fixé le cordier auquel on attache les cordes de la vina. Ces cordes partent du cordier, passent sur le chevalet plat où elles sont maintenues par des rainures, puis passent au-dessus du manche fretté et aboutissent à la tête de la vina pour y être fixées sur les chevilles servant à l'accordage.

Haut de page




CORDES ET ACCORD



Vîna : table d'harmonie - cordier - chevalet - rosaces - décorations - cordes et frettes

Les cordes de la vina sont au nombre de sept. Quatre cordes ont un rôle mélodique; ce sont celles passant au-dessus du manche comme décrit ci-dessus. Les trois cordes restantes, sont des cordes servant au travail rythmique mais aussi à la ponctuation de la musique et ont de plus un rôle similaire à celui de la Tampura donnant le bourdon harmonique si typique et régulièrement entendu dans la musique classique indienne. Ces cordes rythmiques sont fixées latéralement et dans un plan perpendiculaire aux cordes mélodiques. Elles sont du côté du musicien en position de jeu. Les chevilles de ces trois cordes ne sont pas fixées au niveau de la tête de la vina, mais sur le côté du manche pour recevoir et accorder ces cordes.

Contrairement à de nombreux instruments à cordes de l'Inde du Nord, la Sarasvati Vina ne possède pas de cordes supplémentaires résonant par sympathie. Par ailleurs les cordes de la Sarasvati Vina sont montées de telle manière que la corde la plus aiguë soit la plus proche du musicien et la corde la plus grave la plus éloignée. Si l'on tient la vina avec les cordes face à soi, la corde la plus grave sera à droite et la plus aiguë sera à gauche. Cela surprend souvent, mais une fois qu'on comprend la technique de jeu de la main gauche et les nécessités de la musique Karnatique, il s'avère que c'est là la disposition la plus judicieuse.

Les cordes de la vina sont accordées en quartes et quintes justes. La 1°corde mélodique - la plus aiguë - est accordée sur la note fondamentale du système musical Karnatique. Cette note est choisie par le musicien selon son goût et de manière à obtenir le son désiré, mais aussi pour une sonorité optimale de sa vina ainsi que pour la maniabilité des cordes exigée par cette musique. Cette note est souvent l'équivalent de notre mi 2. La seconde corde mélodique est alors le si inférieur. La troisième corde est à l'octave inférieure de la première corde et la quatrième et dernière corde mélodique est à l'octave inférieure de la deuxième corde.

Les trois cordes rythmiques sont accordées de la manière suivante : la première, la plus en-haut, est à l'unisson avec la première corde mélodique et accordée sur mi 2. La seconde est à la quinte juste supérieure de la première. La troisième et dernière corde est à l'octave supérieure de la première corde. Chaque corde de la vina est identifiée par un nom.

Haut de page



Notes pour la prononciation : « u » se prononce « ou » et « c » se prononce « ch »



TENUE ET JEU DE LA VINA


Ci-dessus : Smt Padmavathi Ananda Gopalan


Le vainika est assis par terre en tailleur, jambes croisées. La caisse de résonance principale repose sur le sol à la droite de l'instrumentiste et le résonateur secondaire est posé sur le genoux gauche de l'instrumentiste. De cette façon, le manche est incliné correctement devant l'instrumentiste et permet un jeu confortable pour les mains gauche et droite. L'instrumentiste n'utilise que l'index et le majeur de la main gauche ainsi que l'index, le majeur et l'auriculaire pour la main droite.

- jeu de la main gauche :

L'index et le majeur travaillent ensemble comme un seul doigt ou bien de manière séparée. Leur travail consiste à presser la corde contre les frettes pour l'obtention des notes, d"effectuer des glissandos ascendants ou descendants sur les cordes, de tirer les cordes latéralement (vers les cordes graves) pour obtenir les ornements et grâces de la musique Karnatique. Lorsque l'on sépare l"index et le majeur, ils peuvent exécuter des ornements par groupes de notes. D'autres modes de jeux existent et dépendent des instrumentistes et de leurs styles et écoles.

- jeu de la main droite :




L'index et le majeur sont souvent, mais pas obligatoirement, munis d'onglets ou plectres spéciaux et pincent alternativement les cordes. L'auriculaire frappe du bas vers la haut les cordes latérales (cordes rythmiques) ou bien pince telle ou telle corde latérale isolément. Ce jeu de l'auriculaire permet de donner le Tala ou mesure en marquant les temps forts, de marquer une pulsation ou encore de ponctuer les phrases mélodiques jouées par les autres doigts.

Ce n'est que par une observation attentive qu'on pourra se familiariser avec tous ces modes de jeu, ou bien sûr, en apprenant soi même à jouer de la vina.

Voir une vidéo où je joue une pièce simple du répertoire pédagogique :
Padhumanabha - Râga Malahari - Tâla Triputa attribué à Purandara Dasa

Haut de page



QUELQUES AUTRES CONSIDÉRATIONS SUR LA VINA ET SA MUSIQUE


L'apprentissage de la vina demande de nombreuses années d'étude sous la direction d'un maître de musique ! Une quinzaine d'années est un bon chiffre, et l'on doit par la suite consacrer encore bien des années pour développer sa technique et son style ainsi qu'acquérir du répertoire et le savoir faire dans la domaine de l'improvisation qui tient une place essentielle dans la musique Karnatique. Il faut également jouer avec des accompagnateurs et d'autres musiciens pour acquérir confiance, force et expérience. Mais pour une personne touchée par la beauté de cet art musical, ce travail long et parfois difficile va de soi et constitue une expérience unique. On peut aussi vouloir jouer comme un amateur ou une amatrice au sens noble du mot et se contenter de jouer honorablement un répertoire plus simple.

Lorsqu'on joue la vina, on joue le répertoire Karnatique. Ce répertoire ne comporte que de la musique vocale, c'est à dire des chants ou compositions vocales ! Cela surprend souvent, mais c'est une des caractéristiques de cette musique. Celle-ci ne possède, à quelques exceptions près, pas de répertoire instrumental au sens où on l'entend en Occident. Les instrumentistes jouent ce répertoire vocal et pour un musicien de l'Inde du Sud cela va bien sûr de soi.

Les vainika-s, comme les autres instrumentistes, apprennent les compositions vocales pour les interpréter sur la vina. Dans cette démarche les vainika-s cherchent à développer des techniques de jeu qui puissent rendre au maximum le caractère vocal de la musique tout en se réservant des techniques de jeu mettant en valeur la vina. Pour cette raison, lorsqu'on apprend la vina, on doit également apprendre à chanter la musique Karnatique et son répertoire. Les compositions du répertoire sont aussi complétées par des parties dites improvisées. Pour cette raison, un(e) musicien(ne) est non seulement un(e) interprète, mais aussi créateur ou créatrice face à son public.

La vina jouée en concert, est souvent accompagnée par un percussionniste jouant le maître tambour ou Mridangam; en principe il y a toujours une Tampura qui accompagne les chanteurs ou instrumentistes. Le rôle de la Tampura est de fournir le support d'un bourdon harmonique. Mais la vina peut aussi faire partie d'un ensemble instrumental plus important, cela est le cas lorsqu'elle fait partie d'un ensemble instrumental accompagnant un récital de danse Bharata Natyam. Dans certains cas, rares aujourd'hui, la vina accompagne le chant.

La musique Karnatique de par son répertoire et son système hautement organisé et structuré, offre aux musiciens chanteurs ou instrumentistes un espace qui permet une remarquable richesse d'expressions individuelles variées et un champs de liberté créatrice tout à fait remarquable !

Haut de page