Fond Diffus Cosmologique


Dans le monde contemporain où nous vivons, les divers domaines de connaissance sont séparés en autant de spécialités. Il semble raisonnable qu’il en soit ainsi, car ces domaines sont souvent très différents les uns des autres. Chacun d’eux pris séparément représente une quantité d’informations réellement gigantesque en évolution permanente.

Cela permet d’organiser les savoirs humains, d’effectuer nos recherches et de mener les nombreux travaux pouvant aboutir à de nouvelles découvertes, à de nouveaux progrès et finalement à une meilleure compréhension du monde; c’est du moins ce que nous souhaitons.

Cette manière d’organiser les savoirs en branches et spécialités doit certainement se retrouver dans la structure même de notre cerveau et dans celles de nos manières de penser. On peut se demander comment nous faisons pour articuler toutes ces connaissances et informations, et dans quelle mesure cela fait de nous des êtres « fragmentés » et à quel degré ?

Cependant et bien que nous nous concevions comme des êtres en mesure d’atteindre une sorte d’unité, il faut accepter que chacun et chacune de nous ne peut individuellement détenir toute la connaissance et tous les savoirs accumulés au cours des siècles. Ainsi nous sommes un peu comme les cellules d’un ensemble bien plus vaste et dont la totalité nous échappe.

Malgré cette limitation à laquelle il me semble difficile d’échapper il y a certainement des solutions ou au moins des méthodes pour plus d’unité et de cohérence dans notre manière « d’être au monde ». On peut être spécialisé et c’est même une nécessité, mais on peut en même temps souhaiter avoir une vision plus globale ou plus enveloppante des choses et du monde.

C’est une des raisons pour laquelle vous trouverez sur mon site des pages consacrées à des sujets appartenant à des catégories très différentes et à première vue sans liens. Ces différents sujets et catégories inter-agissent à divers niveaux d’une manière subtile et quasi organique. Je reste pour ma part persuadé que notre besoin d’unité et de globalité est une chose primordiale et qui mérite toute notre attention.

Voici quelques exemples pour illustrer mon propos :

L’œuvre pour guitare seule du compositeur contemporain Léo Brouwer, La Espiral Eterna, Editions Max Eshig, prend racine dans un ouvrage d’astrophysique mettant en avant la prédominance dans la nature de la forme ou structure de la spirale.

L’écrivain poète et essayiste Kenneth White parle de Géopoétique et cite dans ses écrits un géographe qui dans ses ouvrages atteint à un grand degré de force poétique alors qu’il décrit les cours des fleuves et la physionomie de montagnes.

Le poète japonais du XVII ème siècle Matsuo Bashô cheminait entre Edo et le Hokkaido; il nous à légué ses précieux Haïkus et ses notes, mais il a surtout témoigné d’une manière d’être au monde, une manière globale !

Kenneth White et le cinéaste François Reichenbach ont concrétisé le projet de voyage vers le Hokkaido du poète Matsuo Bashô. Ils en ont fait un film remarquable qui établit des liens multiples entre le Japon ancien, l’univers de Bashô, le Japon moderne, et l’approche possible de cet univers par des occidentaux.

Je suis certain que vous trouverez à votre tour bien des exemples illustrant l’idée sous-jacente que je cherche à exprimer ici : l’idée d’une espèce de réseau nous intégrant dans une globalité.

Le chemin, un et multiple, s’ouvre sous nos pas de découvreurs...

Et voici Victor Segalen qui fait résonner à nos oreilles ses stèles et pierres musicales :

Pierre musicale

Voici le lieu où ils se reconnurent, les amants amoureux de la flûte inégale;

Voici la table où ils se réjouirent l’époux habile et la fille enivrée;

Voici l’estrade où ils s’aimaient par les tons essentiels,

Au travers du métal des cloches, de la peau dure des silex tintants,

A travers les cheveux du luth, dans la rumeur des tambours, sur le dos du tigre de bois creux,

Parmi l’enchantement des paons au cri clair, des grues à l’appel bref, du phénix au parler inouï.

Voici le faîte du palais sonnant que Mou-Koung, le père, dressa pour eux comme un socle,

Et voilà, - d’un envol plus suave que phénix, oiselle et paons, - voilà l’espace où ils ont pris essor.

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Qu’on me touche : toutes ces voix vivent dans ma pierre musicale.

(Stèles; Victor Segalen)



Si vous souhaitez savoir pourquoi mon site se nomme « studio des nuages » : voyez ici

octobre 2009

Jean Jacques Reymond


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